Scott
Bolton, à gauche, et Rick Nybakken applaudissent la mise en orbite de
la sonde Juno de la Nasa autour de Jupiter lundi 4 juillet 2016
(Pasadena, Californie). © Ringo H.W. Chiu/AP/SIPA
Le
vaisseau de 3,6 tonnes propulsé par l'énergie solaire a allumé son
moteur principal pendant 35 minutes pour freiner sa course. Il a pu
ainsi se faire happer par la gravité de Jupiter et s'insérer dans une
orbite polaire de 53,5 jours. "
Bienvenue à Jupiter", a lancé un
commentateur de la mission au Jet Propulsion Laboratory de la Nasa à
Pasadena en Californie. Un signal du vaisseau reçu mardi 5 juillet 2016 à
03h53 GMT (20h53 lundi heure de
Californie) a indiqué la fin de la manœuvre, provoquant un tonnerre d'applaudissements dans la salle de contrôle.
Nous saurons si c'est un succès quand Juno se sera retournée pour pointer ses trois antennes vers le Soleil
"
Nous sommes autour de Jupiter", s'est réjoui Scott Bolton, responsable scientifique de la mission au Southwest Research Institute à
San Antonio (
Texas), sans dissimuler une certaine nervosité. En raison des quelque 869 millions de kilomètres qui la sépareront de la
Terre,
les signaux radio confirmant le succès de l'insertion en orbite ont mis
48 minutes pour parvenir au centre de contrôle. Scott Bolton avait
déclaré plus tôt lundi 4 juillet 2016, lors d'une
conférence de presse, "
nous
saurons définitivement si c'est un succès quand Juno se sera retournée
pour pointer ses trois grandes antennes solaires vers le Soleil"
dont elle dépend pour son énergie, soit vers 04h30 GMT. Après deux
révolutions de 53,5 jours, Juno se placera à partir d'octobre 2016 dans
une orbite de 14 jours qui lui fera frôler successivement les deux pôles
de la planète dissimulée sous une épaisse couche nuageuse.
SURVOLS.
La sonde doit effectuer 37 survols, dont la plupart entre 10.000 et
4.667 kilomètres au-dessus des nuages de la planète géante, pour un
total
de 20 mois. Les survols de Juno seront beaucoup plus proches que le
précédent record de 43.000 kilomètres établi par la sonde américaine
Pioneer 11 en 1974.
Les mystères de la planète géante
Pendant les approches de Jupiter, les instruments de la sonde étudieront ses gigantesques
aurores boréales,
son atmosphère, sa magnétosphère et son immense tache rouge. L'un des
objectifs principaux de la mission sera de mieux comprendre de quoi se
compose l'intérieur, jusqu'ici inobservable, de la planète géante. Juno,
mission de 1,1 milliard de dollars lancée le 5 août 2011, va ainsi
cartographier les champs gravitationnels et magnétiques de Jupiter pour
en déterminer la structure interne. Les neuf instruments de l'orbiteur,
entre autres français et italiens, vont également mesurer l'émission
radiométrique de l'atmosphère profonde de la planète, ce qui permettra
de connaître sa composition, sa structure thermique et son environnement
ionisé. "
Aujourd'hui, on ne sait pas si Jupiter possède ou non un noyau central",
avait noté la semaine dernière Tristan Guillot, directeur de recherche
au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français et
membre de l'équipe scientifique de la mission. Non seulement Juno aidera
à lever le
voile
sur les secrets de Jupiter, mais elle devrait aussi fournir de nouveaux
indices sur les conditions qui régnaient au commencement du système
solaire.
Une solide armure en titane
Les responsables de
la mission avaient souligné lundi les risques pour la sonde en
s'approchant aussi près. Ils avaient cité la couche d'hydrogène - 90% de
l'atmosphère - qui subit une telle pression qu'elle agit comme un
puissant conducteur électrique. Ce phénomène, combiné à la rotation
rapide de Jupiter, génère un champ magnétique très puissant qui entoure
la planète et peut menacer Juno. Outre les radiations, le vaisseau
devait aussi traverser une ceinture de débris. Pour se protéger des
fortes radiations, Juno est munie d'une solide armure de titane qui
entoure ses équipements et instruments électroniques, son ordinateur de
bord et les câblages électriques. Pesant 172 kilos, cette protection
réduira l'exposition aux radiations - l’équivalent d'un million de
radiologies chez le dentiste - 800 fois par rapport à la partie non
protégée. Juno compte aussi à son bord trois statuettes Lego
d'aluminium. Elles représentent respectivement Jupiter, le roi des dieux
dans la mythologie romaine, Junon (Juno), son épouse et sa sœur, ainsi
que Galilée, le savant italien qui a découvert les quatre grandes lunes
de
Jupiter en 1609.